Après L’empereur de la perte et Le Roi du Plagiat, Dirk Roofthooft boucle au Varia la trilogie de monologues que lui a concocté Jan Fabre. Dans Le serviteur de la Beauté, qu’il crée à cette occasion en français, il est un marionnettiste travaillant pour le compte d’un patron exigeant mais qu’il vénère : la beauté.
« Elle a une importance capitale, affirme-t-il, mais elle est faible, je dois la défendre, la protéger. » Comme dans les monologues précédents, Jan Fabre ne cherche nullement à construire un récit linéaire. Il livre plutôt une profession de foi sur son engagement d’artiste à travers la métaphore
d’un marionnettiste. Celuici a en effet pour vocation de faire vivre des personnages inanimés et de disparaître derrière eux. C’est la quête de Jan Soep qui veut à tout prix effacer la moindre trace de son passage pour laisser son oeuvre en pleine lumière. Avec l’aide d’une marionnette à son image dénommée…
Jean Potage, il nous livre sa vision des choses. Avec autant de poésie que d’humour, Fabre et son interprète créent une sorte de manifeste où la philosophie croise une verve rabelaisienne débridée assumée par les marionnettes. Leur manipulateur explique que chacune d’elle (la prostituée,
la vierge, le singe déguisé en caniche…) correspond à un type d’acteur
français. Et le théâââtre à la française en prend pour son grade dans ce texte qui célèbre la beauté tout en s’offrant des échappées dans la chanson populaire, l’actualité (savoureuse évocation des haïkus d’Herman Van Rompuy) ou l’auto-citation pleine d’humour (l’auteur et metteur
en scène apparaît lui-même sous forme de marionnette). Mais au
final, c’est bien la beauté qui triomphe à travers les propos de l’artiste et une succession d’images étonnantes comme seul Jan Fabre sait en faire naître avec un rien.
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