Le philosophe Kant disait qu’on ne pouvait définir la beauté, sinon chacun pourrait suivre cette définition et devenir artiste ! La beauté est une expérience de perception qui se vit. Jan Fabre, dans sa trilogie créée pour le grand acteur flamand Dirk Roofthooft, s’interroge sur l’artiste et sur son rôle face à la beauté. Fabre appelait ses danseurs, des “guerriers de la
beauté”. Après “L’empereur de la perte” et “Le roi du plagiat”, présentés
ces dernières années, le 3e volet vient d’être créé en français au théâtre Varia et s’intitule “Le serviteur de la beauté”.
Comme toujours dans ces monologues de Fabre, il n’y a pas d’histoire mais une suite de réflexions, mêlées d’humour, de dérision et de belles idées plastiques, le tout formant un manifeste en faveur de l’art et de l’artiste.
Ici, Dirk Roofthooft, appelé Jan Soep, est – au sens propre – le serviteur
d’une dame qu’on ne voit pas mais qu’il respecte plus que tout : la beauté.
Il veille bien à effacer toutes ses traces à lui, pour laisser le champ libre à la seule beauté, comme il se dissimule derrière de grandes marionnettes à fils (son double, la mort, un lion déguisé en caniche, une prostituée, un bébé, Jan Fabre luimême) et dialogue avec eux dans une langue souvent fort drôle. Il s’en prend, comme un gag à répétition aux “artistes français”,ou invente un haïku comique à la manière de… Herman Van Rompuy. A la fin du spectacle, l’acteur s’efface dans un déguisement tout noir, ne montrant plus que ses yeux avant de les masquer. Il devient transparent tandis que des lentilles de microscope tombent du ciel.
Même si le texte est inégal, Fabre offre à Roofthooft une prestation-performance dans laquelle un de nos plus étonnants acteurs (il peut jouer dans cinq langues)montre tout son talent.
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